OJ.Transition

Il y a une phrase que j'entends ou que je lis très souvent. Dans les conversations téléphoniques ou en visio, dans les posts LinkedIn, facebook…celles où les gens baissent un peu la garde:
"Je sais ce que je ne veux plus. Mais la suite... je ne vois pas."
C'est souvent dit comme une confession. Avec une pointe de honte, comme si ne pas avoir de plan était une faiblesse. Comme si les autres, eux, savaient où ils allaient.
Heu..tu sais quoi ? Ils ne savent pas non plus !
On nous a vendu l'idée (quand je dis on, j'entends par là, les réseaux, les OF ou cabinets vendeurs de rêves, si ! il y en a !) que les grandes transitions professionnelles ressemblent à des films.
Un déclic. Une révélation.
Un matin où tu te lèves et BING : tu sais. La solution te tombe sur la tête, comme une pomme sur celle de Newton.
Ni une, ni deux, tu poses ta lettre de démission avec le sourire, et trois mois plus tard tu es épanoui dans un nouveau métier qui te ressemble enfin.
Ok, on redescend sur terre ?
Dans la vraie vie, ça ressemble plutôt à ça : tu rentres d'une réunion qui ne t'a rien apporté. Tu regardes ton écran encore allumé. Et tu penses, pas pour la première fois, "ça ne peut plus durer."
Sauf que le lendemain, tu y retournes. Parce que tu as un crédit. Des enfants. Un statut à maintenir. Et parce que partir sans savoir où aller, ça ressemble à un saut dans le vide :
pas à une décision.
En France, plus de la moitié des actifs aspirent à une reconversion professionnelle. Mais 55% n'ont pas encore franchi le cap. Ce chiffre circule partout. Ce qu'on dit moins, voire pas du tout, c'est pourquoi.
Parmi les personnes souhaitant se reconvertir, moins d'un tiers est passé à l'action quatre ans plus tard.
Ouais,quatre ans. À ruminer. À attendre le bon moment. À chercher la certitude avant d'agir.
Ce n'est pas de la lâcheté. Ca ressemble plus à de la prudence, sans cadre pour la transformer en mouvement.
Sources : Reconversionenfranchise · Les Makers
J'ai eu des dizaines de conversations avec des cadres, des managers, des enseignants, des indépendants en bout de course. Des gens expérimentés, lucides, compétents. Un peu paumés, beaucoup coincés !
Ce qui revenait systématiquement n'était pas "je ne sais pas ce que je veux".
C'était "je ne sais pas comment avancer, j'ai peur."
Un cadre qui avait passé vingt ans dans le même secteur me l'a résumé avec une franchise que j'ai trouvée assez juste : "J'ai trop construit pour me permettre de me tromper."
C'est ça, le vrai nœud. Pas l'absence d'envie. L'absence de méthode pour décider en sécurité.
Cette espèce de brouillard épais, c'est un état qui s'installe et qui coûte en énergie, en santé, parfois en estime de soi.
(en fait, presque systématiquement)
Qui qu'en veux des signaux ?
(Tu vas voir, y'en a au moins un qui te correspond !)
Tu fais ton travail, mais tu n'y es plus vraiment.
Tu refais ton cv, sans savoir vraiment comment l'actualiser.
Tu passes tes soirées à chercher des formations, des reconversions possibles, des témoignages de gens qui ont changé de vie et ……tu refermes l'onglet sans rien décider.
Tu te dis que tu vas y réfléchir ce week-end.
Le week-end passe.
Et la situation ? Bah… elle, ne change pas toute seule.
Pas par une réponse mais par une question honnête.
Attention, si tu commences par "dans quel métier je me verrais bien ?" bah, laisse moi te dire que c'est trop large, trop abstrait, ça mène aux tests de personnalité en ligne qui te disent que tu ferais un excellent naturopathe. Ah ? Super ! Merci Madame, je n'ai plus rien sur mon CPF.
Je te conseille plutôt : "Qu'est-ce qui me retient vraiment ?"
Pas les raisons que tu donnes aux autres. Les vraies. La peur financière. La peur de décevoir. Le doute sur ta légitimité à vouloir autre chose. Le fait que tu ne sais pas si ce que tu veux est réaliste, parce que personne n'a jamais pris le temps de t'aider à le vérifier.
C'est là que tout commence. Pas dans la liste des métiers d'avenir (ça viendra après) mais dans ce premier état des lieux honnête.
Si tu lis cet article, c'est probablement que tu es quelque part entre "je sais que ça doit changer" et "je ne sais pas comment". C'est un endroit inconfortable mais c'est aussi exactement le bon endroit pour commencer à travailler.
La clarté ne précède pas l'action. Elle en est le résultat.
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